En vrac : Les Voyages de Marco Polo, Forbidden Stars, Legendary Encounters : Aliens, Dominant Species, Battles of Westeros

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En vrac

« En vrac » c’est notre rubrique collective de discussions et « d'avis-minute » sur nos soirées jeux plus ou moins hebdomadaires.

Nous avons quelques articles en retard : voici les derniers jeux auxquels nous avions joué avant Essen. Nos premiers retours d’Essen arrivent dans la semaine !

   Les Voyages de Marco Polo

 Un jeu de Simone Luciani et Daniele Tascini
 Illustré par Dennis Lohausen
 Publié par Filosofia en français

2 à 4 joueurs, à partir de 12 ans, pour des parties d’environ 1 heure

 

L’avis de Jub : D’abord intéressé par le thème puis mis en émoi par les deux auteurs du jeu (on leur doit Tzolk’in, un jeu qui revient souvent sur la table de jeu ces derniers mois), j’ai enfin pu tester Les Voyages de Marco Polo dans sa version française made in Filosofia.

On m’avait vendu du placement d’ouvriers conventionnel et c’est ce que j’ai eu. Mais le jeu fonctionne très bien et il est très agréable à jouer.
Les ouvriers en question sont des dés que chaque joueur va lancer au début d’une manche (il y a 5 manches en tout et les actions manquent pour faire tout ce que l’on voudrait).
Le plateau propose diverses actions nécessitant 1, 2 ou 3 dés pour être accomplies avec l’obligation de payer une pénalité si l’on se place sur une case déjà occupée par un autre joueur. La valeur des dés a son importance et les dés de faible valeur sont parfois tout autant utiles que des 6.
Le jeu s’articule sur 2 aspects : le voyage (relier des destinations pour y débloquer de nouvelles cases d’actions, des revenus à chaque manche et points de victoire en fin de partie avec des cartes façons Aventuriers du rail) et les contrats commerciaux (collecte et dépense de ressources pour gagner divers bonus et des points de victoire).
Un aspect essentiel du bon feeling du jeu est que chaque joueur incarne un personnage qui va lui donner une capacité spéciale TRÈS puissante, ce qui va l’encourager à jouer d’une certaine manière pour optimiser ses actions (car oui, l’optimisation des actions est la clé de la victoire).
Sans être transporté dans le Livre des Merveilles, le jeu respecte tout de même son thème et le présente avec des illustrations sympathiques.
Sans révolutionner le placement d’ouvriers, Les Voyages de Marco Polo propose de bonnes mécaniques et une promesse de renouvellement avec une mise en place différente à chaque partie et des personnages aux pouvoirs très différents et très impactant sur le déroulement de la partie.

L’avis de Martin : Les Voyages de Marco Polo doit être le 177e jeu de gestion de dés de l’année. Mais c’est sans doute l’un des meilleurs.
Comme de nombreux jeux de gestion de dés, les joueurs lancent une main de dés en début de tour puis les utilisent de manières différentes sur un plateau de jeu commun. Comme de nombreux jeux de gestion de dés, il n’est pas dramatique de faire des 1 : il y a toujours moyens de se débrouiller avec ses tirages, il faut savoir s’adapter.

Là où le jeu est vraiment très bon, c’est que les personnages que l’on choisit en début de partie vont impacter fortement les stratégies sans que je n’aie pu observer de déséquilibre profond. Le jeu est technique, les parties sont tendues et certaines m’ont vraiment emballé. Je me lance à chaque fois avec le sentiment de relever un défi intellectuel différent et c’est une sensation que j’aime beaucoup… Heureusement, car le thème du jeu est assez accessoire.

 

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Legendary Encounters : An Alien Deckbuilding Game

 Un jeu de Ben Cichoski et Danny Mandel
 Publié par Upper Deck Entertainment

2 à 5 joueurs, à partir de 14 ans, pour des parties d’environ 45 minutes

 

L’avis de Jub : gros amateur de Legendary : a Marvel Deckbuilding (et de son extension obligatoire : un pack de 1.500 protège-cartes), je voulais voir ce que donnait son adaptation à la sauce Alien.

Si le mécanisme de base est bien identique, Legendary Encounters propose quelques atouts qui de mon point de vue améliorent les sensations par rapport à son aîné.
Tout d’abord, chaque joueur se voit attribuer un rôle avec des points de vie (important dans ce jeu !) et une carte spéciale qui va venir s’ajouter à son deck de base de 12 cartes (un peu comme la carte de personnage du deckbuilding de Lord of the Rings également populaire à la Sélection du Dimanche).
Ensuite et surtout, Legendary Encounters nous propose de revivre les films de la franchise Alien en proposant des mises en place dédiées (scénario, objectifs et personnages).
Contrairement à la version Marvel, le jeu se veut collaboratif dans son mode de jeu basique, mais permet l’ajout de traîtres infiltrés pour une difficulté de jeu accrue (ce n’est pas rien de le dire).
Les sensations de jeu sont très bonnes et très fidèles au thème : une grande réussite avec un renouvellement un peu moins riche que la version Marvel avec toutes ses extensions mais un gain en équilibrage et en cohérence indéniable.
À noter un autre jeu dans la gamme en préparation, centré sur la franchise Predator, avec bien entendu le cross-over évident qui s’ensuivra.

L’avis de Martin : je n’avais pas vraiment accroché à Legendary : A Marvel Deckbuilding. Je l’avais trouvé un peu trop complexe, un peu trop hasardeux dans son tirage de méchants et les superhéros Marvel ne me font pas rêver outre mesure surtout quand ils sont dessinés dans le style des comics mainstream que je n’ai jamais réussi à lire. Là, c’est un peu le même jeu, mais avec un thème qui me parle. Et, oh surprise, je suis beaucoup mieux rentré dedans et je me suis vraiment amusé ! Comme quoi, le thème a son importance jusque dans la mécanique !

Le jeu n’est pas sans défaut pour autant puisque les mécanismes (géniaux) qui permettent à un joueur infecté par un alien de jouer contre les autres servent surtout de timer. L’Alien est très fort et remporte la partie en deux ou trois tours.

L’avis de Christophe : à la base, je ne suis ni fan des jeux 100% deck-building et encore moins des coopératifs. Mais pour le coup avec Legendary Encounters, je dois avouer que je suis complètement entré dans l’univers. La mécanique fonctionne parfaitement et  le jeu est tellement tendu qu’on revit le stress des films Alien.

Pour avoir fait des parties des autres thèmes Legendary (Marvel ou Encounters version Predators), j’avais été jusqu’à présent été assez frustré de la difficulté pour atteindre les objectifs. Pour cette version Alien, même si le niveau est là-aussi très élevé, le jeu me paraît plus équilibré, et cette course-poursuite – où la frontière qui sépare les sensations du chasseur ou du gibier est très ténue – colle parfaitement au thème. Certainement la meilleure version de la collection.

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  Dominant Species

 Un jeu de Chad Jensen
 Illustré par plein de monde dont Chad Jensen
 Publié par Filosofia en français

2 à 6 joueurs, à partir de 14 ans, pour des parties d’environ 3 heures


L’avis de Jub : Ce jeu bénéficie d’excellents retours, mais le logo GMT avait tendance à refroidir mes ardeurs (après ma très mauvaise expérience de Virgin Queen).
Finalement, derrière un matériel austère mais très fonctionnel et un thème inhabituel (« qui veut jouer les amphibiens ? ») se trouve un très très bon jeu qui laisse une grande part à l’interaction entre les joueurs et à l’anticipation.
Les plateaux individuels détaillent toute la phase de jeu et une fois le matériel expliqué, on peut se lancer dans la partie.
Le jeu se déroule en deux phases :
1. Placement des ouvriers sur le plateau
2. Résolution des actions dans l’ordre définit par le plateau (un peu comme dans Caylus).

Les différentes actions donnent les mêmes sensations qu’un 4X, en faisant évoluer son espèce pour l’adapter à différents environnements, en développant le plateau de jeu, en posant de nouvelles espèces (unités :) ), en les déplaçant et en les faisant affronter celles des autres joueurs.
À cela, vient s’ajouter un jeu de majorité pour le scoring des territoires (points de victoire) et la domination des territoires (déclenchement de cartes événements aux effets très puissants).
Chaque placement d’ouvrier lors de la première phase est une torture tant la compétition est grande entre les joueurs (pas assez de place pour tout le monde pour certaines actions cruciales) et tant il est difficile de concilier développement et survie.
Sitôt essayé, sitôt commandé, ce jeu est devenu pendant l’été un incontournable des soirées réflexion. Très convaincant dans sa configuration à 4 joueurs, un peu moins à 3 joueurs, et trop long et incontrôlable à 5 joueurs (même si la cohabitation de 5 espèces est riche en affrontements !).

L’avis de Martin : J’aime beaucoup Dominant Species, le système d’évolution, le système de placement d’ouvriers, les affrontements sur le plateau, les cartes événements qui dynamisme le jeu… même la longueur des parties ne me pose pas de problème pour peu que l’on joue avec des joueurs qui acceptent de ne pas réfléchir pendant 10 minutes à leur tour.
J’ai juste un regret qui explique ma note moyenne : pourquoi avoir adopté un système de scoring aussi abstrait à base de majorité ultra classique ? Quand on regarde le plateau de jeu de Dominant Species, rien ne fait penser à des animaux qui évoluent. On voit simplement quantité de cubes entassés les uns à côté des autres.
Il me manque encore quelque chose pour faire de Dominant Species le grand jeu dont je rêve.

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  Battles of Westeros

 Un jeu de Robert A. Kouba
 Illustré par Tomasz Jedruszec et Henning Ludvigsen
 Publié par FFG et Edge Entertainment

2 joueurs, à partir de 12 ans, pour des parties d’environ 1 heure

 

 

L’avis de Jub :
Préambule : cet avis ne contient aucun spoiler.
Avec la fin de la saison 5 de la série, ma grosse boîte de Battles of Westeros est revenue sur la table de jeu.
Ce jeu est une variation de Battlelore, lui même une variation de Command and Colours (C&C pour les intimes) qui sert également de base à Mémoire 44.
Par contre, la grosse divergence par rapport à la mécanique partagée par tous les jeux cités est la disparition des cartes d’activation par flanc (flanc droit, centre, flanc gauche) au profit de cartes d’activations par les leaders (un commandant donne des ordres aux unités à 2 cases de lui). Ce changement est de taille et pourra séduire ceux qui avaient vu leur stratégie mise à mal par une main de 5 cartes flanc gauche.
Les deux camps de la boîte de base (Lannsiter et Stark) ont donc chacun leurs commandants emblématiques (Jaime Lannister, Richard Karstark, Adam Marbrand, Gregor Clegane, etc…) et chacun vient avec son pouvoir spécial et ses cartes d’activation spécifiques.
Battles of Westeros a également troqué ses dés 6 contre des dés 8 et change les statistiques de combat (3 faces vertes pour 2 faces bleues et 1 face rouge, les deux restantes étant le drapeau et le joker).
Avec déjà plusieurs jeux sur le trône de fer dans son catalogue, FFG avait des illustrations sous le coude et le matériel est comme toujours pléthorique et de qualité. Le sujet du Trône de Fer a déjà été largement étudié par les auteurs de FFG (pour le jeu de cartes), ce qui leur permet de typer les commandants de manière convaincante vis-à-vis de l’œuvre.
Je trouve que les améliorations apportées aux mécaniques de la famille C&C ont énormément enrichi le jeu et réduit la part de hasard. Le thème est on ne peut plus présent.
Malgré tous ces atouts, le jeu ne semble plus trop suivi par FFG, ce qui augure d’un avenir sombre, sentiment renforcé par le développement de la V2 de Battlelore dans le monde med-fan maison de Runewars.

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  Forbidden Stars

 Un jeu de Corey Konieczka et ses copains
 Illustré par FFG
 Publié par FFG

2 à 4  joueurs, à partir de 12 ans, pour des parties d’environ 2 heures 30

L’avis de Jub : Sous ses airs de nouveauté, Forbidden Stars n’est rien d’autre que la nouvelle version de Starcraft, transposée dans l’univers de Warhammer 40 000 pour exploiter la licence Games Workshop en cours chez FFG. C’est surtout une version allégée pour rendre les parties plus courtes.
Mais s’il s’agit de réchauffé, ne boudons pas notre plaisir pour autant car Forbidden Stars remplit son contrat, à savoir reprendre l’essentiel de Starcraft (pose des ordres en piles et beaucoup de bagarre) tout en proposant un jeu plus accessible aux novices.
Pour ce faire, le plateau de jeu a été rendu plus conventionnel avec des grosses tuiles carrées qui se touchent plutôt que des systèmes reliés par des tunnels. Moins de blocage et mise en place plus rapide !
Le système d’ordre est quasiment le même (construction, développement, mouvement/attaque et un nouveau : domination pour exploiter les ressources du système tout en utilisant son pouvoir de faction) mais la disparition des ordres dorés et des ordres bonus au profit de cartes de développement (propres à chaque faction) rend l’ensemble beaucoup plus facile à appréhender.
Le nombre d’unités différentes a été revu à la baisse (6 unités et 3 bâtiments différents) et le moyen de les débloquer a été simplifié. Les cartes de développement pour le combat sont également moins nombreuses, mais il y a toujours une place pour les choix en fonction de sa stratégie et de l’adversaire du moment.
Et surtout, le combat a été énormément amélioré par la suppression des escarmouches (tout le monde combat ensemble maintenant), la disparition des combats entre unités terrestres et volantes et un nouveau système de dés et de combat en 3 rounds qui rend les issues beaucoup moins aléatoires que dans Starcraft.
Les sensations sont toujours les mêmes : on construit et on développe des trucs pour prendre des planètes et scorer des objectifs, mais tout cela se fait de manière beaucoup plus rapide et intuitive. Ajoutons que le temps d’explication des règles peut être divisé par deux par rapport à Starcraft.
Une excellente mise à jour qui devrait voir le jeu sortir beaucoup plus souvent que son aîné et reléguer Starcraft au musée des grosses boîtes (avec Descent V1 et Wold of Warcraft) que l’on garde juste pour montrer que l’on a beaucoup de grosses boîtes.

L’avis de Martin : J’adorais les mécanismes de Starcraft et notamment le système d’ordres que l’on empile faces cachées et qui sont dévoilés dans l’ordre inverse de la pose. Le jeu était malheureusement gâché par un système de couloir absurde (pour un jeu dans l’espace) qui pouvait amener deux joueurs à ne jamais se rencontrer pendant une partie et un jeu asymétrique sans doute compliqué pour ceux qui n’ont jamais joué aux jeu vidéo.

Forbidden Stars reprend tout ce que j’aimais dans Starcraft en corrigeant ce que j’aimais moins. Le jeu est plus rapide, moins complexe et beaucoup plus agréable. Un indispensable !

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