Les lauréats du concours de création de Boulogne-Billancourt

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Martin

Martin Vidberg est dessinateur, cultivateur et interprète du blog l'Actu en patates dont la sélection du dimanche est à l'origine une rubrique.

Ce weekend avait lieu la finale du concours international de créateurs de jeux de société de Boulogne-Billancourt. J’avais le plaisir de faire partie du jury et j’ai donc pu découvrir 10 prototypes de jeux de société dont certains méritent vraiment de trouver un éditeur.

Les Maîtres de la 6ème dimension de Olivier Grégoire

Derrière un titre qui évoque des films de série Z se cache un concept de plateau très original : il est composé de losanges qui, associés, donnent l’impression d’une superposition de cubes représentant l’espace.
Les joueurs y déplacent un vaisseau qui peut se poser uniquement sur le côté supérieur des cubes. Par exemple, sur la photo ci-dessous, les zones jaunes/vertes constituent le côté supérieur des cubes, la dimension de l’univers actif pour ce tour de jeu. À certain moment de la partie, qui peuvent être déclenchés par les joueurs, la « polarisation » de l’univers entraîne un changement de dimension. On joue désormais sur une autre couleur et les surfaces jaunes deviennent des murs à partir desquels les vaisseaux tombent… ce qui peut entraîner quelques situations délicates (il n’est pas rare qu’un vaisseau se trouve éjecté du plateau).

Notez la présence de Doliprane à côté du plateau de jeu 🙂


Alors bien sûr, il y a, derrière ce concept original, un jeu de conquête et de colonisation que je n’expliquerai pas ici et qui m’a semblé, lors des tests, encore perfectible. Après la remise des prix, j’ai vu que l’auteur a d’ailleurs changé beaucoup de choses à la version que nous avons joué. Même si je n’ai aucune idée de « l’éditabilité » d’un tel jeu (toutes mes excuses pour ce néologisme), le concept m’a suffisamment interpellé pour me donner une réelle envie d’y rejouer.
Je croise les doigts pour qu’un éditeur téméraire s’intéresse au projet.

Shieldwall de Fabiano et José Onça

Shieldwall est un jeu d’affrontement pour deux joueurs composé essentiellement de dés. Certains représentent des chevaliers, d’autres des soldats, des piquiers… et chacun a bien entendu son petit pouvoir. Les deux joueurs répartissent leurs dés sur 5 zones derrière un paravent et peuvent ajouter une carte stratégique (en nombre très limité) pour tenter de surprendre leur adversaire. Après une première phase de combat, chaque joueur compte ses (dés) morts et déplace 3 troupes avant d’entamer un nouveau tour de combat. Le jeu s’arrête dès qu’un joueur gagne le contrôle de 3 des 5 zones. Un peu de bluff, de la stratégie, une bonne grosse dose de lancers de dés forcément hasardeux et pas mal de plaisir de jeu… Shieldwall m’a surtout laissé l’impression d’un véritable « game system »  ouvert à de nombreuses extensions.
Je croise les doigts pour qu’il tape dans l’oeil d’un éditeur ambitieux, mais encore une fois, le défi de l’édition ne sera pas simple.

Tetopia de Matthieu Lanvin

Tetopia est un jeu où les joueurs posent des hexagones. En simplifiant à l’extrême, le but est de composer les plus grandes zones de sa couleurs. C’était, de mon point de vue, la plus belle réussite « mécanique » de la sélection. Astucieux, équilibré, avec un système de point d’action parfaitement maîtrisé, le jury s’est imaginé, en découvrant le prototype qu’il s’agissait de la production d’un baroudeur du monde du jeu. Surprise lors de la remise du prix : Matthieu Lanvin, son auteur, est tout jeune. La récompense n’en est que plus méritée !

Tetopia. Le bras est celui de Nicolas Boseret qui réalise notamment les fameux "Boitecast" et qui, accessoirement, est donc très poilu.


Revermind
de Jean Georges

Revermind est un petit jeu minimaliste qui fonctionne avec des jetons de 4 couleurs. Le but du jeu est d’avoir le plus d’exemplaire de sa couleur (qu’on est le seul à connaître) sur la table à la fin du jeu. Sans rentrer dans les détails de la mécanique, qui est très simple, chacun tente donc de protéger ses jetons ou d’éliminer ceux des autres. Mais l’originalité est que les jetons ont deux côtés, généralement de couleurs différentes et qui comptent tous les deux dans le score de fin de partie. Au jeu purement stratégique se rajoute donc une petit défi de mémoire.

6 autres jeux « finalistes » repartent sans récompense mais la plupart méritaient le détour. Il est probable que certains trouveront un éditeur, peut-être même avant les 4 lauréats. Je crois beaucoup notamment à Mars Attaque ! de Patrice Pillet dont j’ai pu jouer, après la remise des prix, à une version très améliorée par rapport à celle qui concourrait.
Dans la sélection de l’an dernier, 4 jeux sont, à ma connaissance, en passe d’être édités.
– Le jeu 30 carats, a été le premier à être publié aux éditions Grosso Modo. Je n’ai cependant pas encore eu l’occasion de jouer à la version définitive.
Relic runner, n’avait pas gagné le prix mais, c’est beaucoup mieux, a séduit l’équipe de Days of Wonder. Un an après, il arrive ces jours-ci sur les étalages des boutiques spécialisées.
Bruxelles 1893 paraîtra pour Essen aux éditions Pearl Games. C’était mon coup de coeur de la sélection 2012, j’ai hâte de jouer à la version définitive.
– Enfin, j’ai entendu parler d’une édition d’un 4ème jeu, qui s’appelait Prohis, mais je n’ai pas trouvé l’info sur Internet.


Ce concours reste donc une très belle occasion, pour les auteurs, de montrer leurs jeux, de recueillir des avis constructifs et, pour les plus chanceux, d’attirer l’attention des éditeurs.