Premiers retours sur les jeux d’Essen 2015

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En vrac

« En vrac » c’est notre rubrique collective de discussions et « d'avis-minute » sur nos soirées jeux plus ou moins hebdomadaires.

Après quelques soirées de tests intensifs, voici la première partie de nos retours sur la cuvée 2015 du salon d’Essen.


Council of Four

Un jeu de Simone Luciani et Daniele Tascini
Illustré par Arnaud Demaegd
Publié par Cranio Creations

Après Les voyages de Marco Polo et Tzolk’in, le duo Simone Luciani et Daniele Tascini revient avec un nouveau jeu publié chez Cranio Creations.

L’avis de Jub : Les Voyages de Marco Polo faisant partie de mon top 3 pour l’année 2015, j’avais repéré ce jeu des mêmes auteurs.
Douche froide après une partie sur le salon : les mécaniques de base sont intéressants, mais le jeu souffre d’un effet win-win très marqué (on installe des comptoirs dans des villes pour obtenir des bonus et à chaque nouveau comptoir, on rescore toute la chaîne de villes où on se trouve déjà pour peu qu’elles soient reliées – de plus il y a des tuiles qui récompensent les premiers qui scorent des objectifs et il est difficile de revenir au score une fois ces tuiles distribuées). Surtout, le plateau de jeu est très mal réalisé (un emplacement de tuile manquante, un autre placé entre deux villes qui empêche de voir si les villes sont reliées ou non, couleurs des villes très difficiles à identifier).
Une très grosse déception.

L’avis de Martin : Simone Luciani et Daniele Tascini signent des jeux qui entrent pile dans la gamme de ce que j’aime : des jeux « à l’allemande » dans lesquels le joueur qui parvient le mieux à économiser ses actions gagne souvent la partie. Ce type de jeu nécessite un équilibrage parfait et une ergonomie à la hauteur. Je ne l’ai pas du tout ressenti en jouant à Concil of four. Le plateau n’est pas lisible, le mécanisme central n’est pas aussi intéressant que la gestion de dés de Marco Polo et l’effet win-win très présent ne m’a pas du tout donné envie de repartir avec ce jeu.
Dommage.

L’avis de Dim : La mécanique d’influence est sympa mais le hasard des cartes important.
L’univers graphique est moyen et l’effet win/win a été énorme sur ma première partie (à vérifier lors d’une seconde partie car j’ai mal joué).

 

Grand Austria Hotel

Un jeu de Virginio Gigli et Simone Luciani
Illustré par Klemens Franz
Publié par Lookout Games


L’avis de Dim : Sous des airs un peu classique et un univers graphique plutôt moyen, Grand Austria Hotel est une véritable réussite ludique.

Le thème est tout d’abord très bien rendu (vous devez accueillir des clients dans votre restaurant, les sustenter et les diriger vers une chambre leur correspondant que vous avez préalablement préparée), la rejouabilité très forte (grande diversité de cartes et seulement 1/3 des objectifs joués à chaque partie) et les tours de jeu bien rythmés.

La mécanique centrale du jeu est un choix d’action parmi 6 dont l’intensité est déterminée par le nombre de dés présents sur l’action en question (14 dés sont jetés initialement et chaque joueur en prend 1 à son tour de jeu ou passe pour en prendre un ultérieurement). Cette mécanique s’apparente ainsi un peu à celle de La Granja mais se révèle plus fine.
Outre la gestion des touristes, vous devrez également développer la notoriété de votre hôtel si vous ne souhaitez pas être victime de quelques désagréments au tour 3, 5 et 7 (7 tours de jeu).
Vous devrez également prendre les cartes touristes qui correspondent le mieux à vos chambres préparées et à la nourriture disponible dans votre cuisine tout en essayant de gêner au maximum les autres joueurs.
Enfin vous vous retrouverez en compétition sur 3 objectifs transversaux concernant tous les joueurs.

Grand Austria Hotel
est ainsi un vrai plaisir ludique vers lequel on a envie de rapidement revenir.

L’avis de Martin : Grand Austria Hotel fait partie de la désormais grande famille des jeux qui utilisent les dés pour déclencher des actions (avec notamment Troyes, Marco polo, La Granja… )

Après un début de partie, je me suis dit que ce jeu n’apportait pas grand chose au genre. Il faut faire preuve d’opportunisme, savoir s’adapter aux circonstances de jeu et construire une stratégie en fonction du tirage de cartes (aléatoire) mais également du jeu de ses adversaires. Même le déclenchement des actions déjà vu dans La Granja n’est pas très nouveau. Seulement, ça fonctionne et plus la partie avançait et plus je me suis pris au jeu.
Sans être novateur, j’ai trouvé beaucoup d’éléments que j’apprécie dans ma première partie du jeu et comme j’ai assez mal joué, j’ai très envie de remettre le couvert.

L’avis de Jub : Créé par l’un des deux auteurs de Marco Polo et Tzolkin et auteur d’Egyzia, Grand Austria Hotel nous propose de gérer un grand hôtel au temps de la grandeur de Vienne.

L’objectif va être de remplir les chambres du palace avec des clients fortunés. Pour accueillir les clients, il faut les faire patienter au bar en leur proposant des consommations en attendant que la chambre soit prête. On doit donc « construire » les clients avec des cubes gris, marrons, beiges mais que l’on appellera du café, du vin et du strudel plutôt que de la pierre et du bois. Le mécanisme de base consiste à lancer un gros sceau de dés en début de manche et à les répartir sur les 6 actions (action 1 : les dés qui ont fait 1, action 2 : les dés qui ont fait 2, etc…).
À son tour, un joueur prend un dé et fait l’action correspondante. La puissance de l’action dépend du nombre de dés dans la case. On a donc intérêt à prendre en priorité les dés dans les cases les plus peuplées. Le système tourne bien mais le jeu s’est révélé frustrant à plus d’un point lors de ma première partie :

  • On peut mettre en jeu des employés qui vont nous donner des bonus sur certaines actions (un peu comme les savoir-faire d’Agricola). Lors de ma première partie, j’ai placé un bonus pour l’action 4 au premier tour et il a fallu attendre le tour 6 (sur 7) pour que la pile de dés de l’action 4 soit supérieure à un dé. Et ce n’est pas la relance de dés via l’action « passer » qui m’a sauvé.
  • En plus de l’action de base (prendre un dé et faire l’action correspondante), on peut faire diverses actions « gratuites » et la validation d’un client déclenche parfois des actions bonus en chaîne. Le tour d’un joueur peut facilement lui permettre de faire beaucoup d’actions pendant que les autres regardent.
  • Une manche se joue joueur 1 > joueur 2 > joueur 3 > joueur 4 > joueur 4 > joueur 3 > joueur 2 > joueur 1. Entre les actions gratuites et le fait qu’à chaque tour d’un joueur un dé est pris dans la réserve et éventuellement un client du card row, il est impossible pour le joueur 1 de prévoir ce qu’il pourra faire quand son tour reviendra. Il peut donc aller se promener en attenant que sa deuxième action revienne.

À rejouer pour ce petit goût de Bruges que j’y trouve (très agréable à jouer mais rageant à cause de mauvais tirages).

The Prodigals Club

Un jeu de Vladimír Suchý
Illustré par Tomáš Kučerovský
Publié par CGE


L’avis de Jub : Nouveau jeu de l’auteur de Last Will, le concept est le même à savoir partir avec un gros capital et le dilapider au cours du jeu pour gagner. Ici, trois modules s’offrent à nous : se débarrasser de ses possessions de luxe, perdre une élection et perdre tout statut social en insultant ses amis. Il est conseillé de joué 2 des 3 modules en même temps mais on peut jouer les 3 pour des parties plus dodues. Chaque joueur prend son score dans le module il a été le moins efficace en fin de partie (un peu comme dans un Knizya comme E&T, Genial, Samurai…). Cerise sur le gâteau, le jeu est également combinable avec Last Will !

Côté mécanique, c’est du placement d’ouvrier efficace avec des illustrations sympathiques. Très bonne découverte qui va me faire investir dans un Last Will.

L’avis de Martin : Les auteurs ne s’en cachent pas, par le thème, par les mécanismes, The Prodigals Club est la suite logique de Last Will. Comme dans le premier jeu, vous incarnez un riche bourgeois qui doit dilapider son argent et ses propriétés le plus rapidement possible. Mécaniquement, c’est du placement d’ouvriers très classique mais toujours agréable avec pour moteur essentiel la recherche de l’économie des actions en faisant quelques combos.

Peut-être un peu plus riche mais sans doute thématiquement un peu moins fort, The Prodigals Club est un excellent jeu mais qui, suite oblige, ne brille plus par son originalité. À réserver aux fans du premier volet.

L’avis de Dim : Bien dans l’esprit de Last Will sans la contrainte des points d’actions.
Le jeu autorise des parties modulaires, bien rythmées.
Un plaisir.

 

Titan Race

Un jeu de Julian Allain
Illustré par Djib
Publié par Funforge


L’avis de Jub : L’an dernier, Fun Forge nous avait proposé Samuraï Spirit, une petite boîte permettant des parties rapides et tendues jusqu’à 7 joueurs.
Cette année, Titan Race occupe le même créneau (jusqu’à 6 joueurs) mais la coopération a laissé la place à une course dans laquelle tous les coups sont permis. L’objectif est de faire 3 tours de circuits, en poussant les autres participants, en les attaquant, en récoltant des bonus et en menaçant les autres joueurs s’ils nous attaquent.

C’est rapide et fun, avec le même genre de sensations que dans un King of Tokyo. Le jeu propose la possibilité de jouer en équipes ou d’enchaîner plusieurs circuits différents (mais après essai, j’aime moins cette option qui réduit la puissance des pièges et empêche un joueur en retard d’embêter un joueur très en avance). Avec 6 titans ayant chacun un pouvoir et 6 circuits, le jeu permet de varier les plaisirs.

L’avis de Martin : Attention, il ne faut pas se tromper sur le jeu : Titan race est un petit jeu de course très fun, très familial, à ranger parmi ceux que l’on sort pour jouer en 20 minutes et se « fendre la poire » entre deux plus gros. Amateurs de jeux de gestions, de calcul, d’analyse et de maîtrise, passez votre chemin ! Ou plutôt, lâchez-vous, jouez rapidement et laissez vous aller car Titan race est un excellent petit jeu qui remplit tout à fait sa fonction principale : nous amuser.

Cerise sur le gâteau : comme toujours le travail d’édition de Funforge est parfait.

 L’avis de Ludovic :
Mes plus :
- L’ambiance démolition derby à 6 sur du King of Tokyo .
- Les belles figurines qui plaisent aux enfants (mais pas que).
- Les carambolages.
Mes moins :
- Le grand chelem qui favorise / pénalise certaines configurations de streum.
- La gestion des dés dans la configuration à 3. Mieux vaut ne pas être 2ème joueur…
Pour aller plus loin :
Pourquoi pas un mode survivor enchainant la même course à la queue leu leu jusqu’à plus soif en remplaçant le compte tours accomplis par un quota de vie ?

Dice City

Un jeu de Vangelis Bagiartakis
Illustré par Gong studios
Publié par AEG et Artipia Games

L’avis de Jub : Difficile de ne pas faire la comparaison avec Minivilles pour Dice city. On lance des dés, on fait les actions correspondants aux dés, on passe au joueur suivant. Ici quelques différences cependant : Chaque joueur a un plateau avec dessus 30 bâtiments de base (5 lignes de 6). Le joueur lance 5 dés de couleur et place chaque dé dans sa ligne (sa couleur) en fonction de la face du dé (donnée par la colonne). Il réalise ensuite ses actions en déclenchant ses 5 actions. Les bâtiments de base proposent des relances, des ressources, des points de victoire ou de la puissance militaire. Bien sûr il est possible d’acheter des bâtiments avancés qui recouvriront les bâtiments de base sur le plateau du joueur en lui donnant des actions plus fortes ou de nouvelles options. La puissance militaire peut être transformée en points de victoire (taper les brigands) ou sert à apporter de l’interaction entre les joueurs (attaquer leurs bâtiments et leurs ressources). Sympathique et fluide.

L’avis de Kristoff : À force de voir des jeux de placements de dés, on pourrait avoir une indigestion tant certaines « nouveautés » n’apportent strictement rien de neuf à la chose ludique. Sans être totalement original, Dice City n’en est pas moins agréable à jouer car, contrairement à l’idée première, la liberté est très forte quand à la direction qu’on veut prendre dans l’évolution de sa ville. Il n’est en effet pas indispensable de conserver l’équilibre de son plateau de base entre production, immeubles de prestige et les militaires. Si l’on veut remplacer la quasi totalité de ses bâtiments par des constructions militaires, c’est possible ! Au final, l’aspect hasard des dés est compensé par des choix stratégiques réels qui donnent tout leur intérêt au jeu.

L’avis de Martin : Dice city est un jeu de « dicebuilding ». rien à voir avec un Quarriors que l’on pourrait plutôt qualifier de « deckbuilding avec des dés », ici, les joueurs construisent littéralement leurs 5 dés en changeant le pouvoir des faces. C’est un genre de jeu encore rare puisqu’à ma connaissance il n’existe essentiellement le dispensable Rattlebones (et un proto de Régis Bonnessée qui circule dans les salons).

Après ma première partie de Dice city à Essen, j’avais peur que le jeu soit un peu scripté et les stratégies pour gagner très limitées.
La seconde partie a été très différente. J’ai commencé à jouer de la même façon persuadé que ce qui avait fonctionné la première fois allait forcément marcher et au final, comme les cartes qui sont sorties étaient très différentes, j’ai construit un plateau qui n’avait rien à voir.

Bon, par contre, ça reste un jeu de dés. Le hasard tient un place essentielle mais comme Dice city est léger et rapide, il sortira sans doute encore facilement.

La fiche du jeu chez

L’Auberge Sanglante

Un jeu de Nicolas Robert
Illustré par Luis Francisco et Weberson Santiago
Publié par Pearl games


L’avis de Jub : Le nouveau Pearl Games pourra dérouter certains : petites boîte pour un jeu relativement court par rapport à ses prestigieux aînés. La première partie pourra donc laisser un goût mitigé d’inachevé. Mais ne vous y fiez pas : L’Auberge Sanglante cache derrière ses mécanismes simples des parties très tendues dès qu’on s’est familiarisé avec son timing si particulier. Un jeu qui s’apprécie de plus en plus à mesure qu’on y joue servi par un thème décalé et des illustrations magnifiques (même si un autre thème plus original avait été envisagé lors du développement du jeu).

L’avis de Martin :  Malgré un thème fort, L’auberge sanglante est un jeu « de course » dans lequel les joueurs mettent en place des mini-combos dans la première partie du jeu pour, dans une seconde, « dérouler une stratégie » pour gagner le plus d’argent possible, le plus rapidement.

La mise en place des mini-combos est un peu lente : poser une dépendance qui permet de profiter d’un pouvoir peut demander 4 actions. Si on attend 1 minute pour chaque action de chaque joueur, ça pourrait prendre « des plombes ».
Ensuite, dans la seconde partie du jeu, on pourrait se rendre compte assez vite de qui a la meilleure stratégie et risque de gagner. Il est trop tard pour en changer et là aussi, jouer avec des joueurs lents qui hésitent à chaque action alors que le jeu semble plié, pourrait être particulièrement pénible.
J’insiste sur ce point car, si je n’ai pas joué avec des joueurs lents, je me doute que ce jeu qui m’a paru très agréable avec mon groupe de joueurs rapides pourrait être beaucoup moins agréable avec d’autres : ne vous y trompez pas, l’Auberge sanglante est un jeu de cartes rapide et très malin. Mais si vous vous reconnaissez dans cette description, foncez !

 L’avis de Christophe : Oyez oyez braves gens, bienvenue à l’auberge, j’espère que vous allez passer une agréable et bonne nuit. Au plaisir de vous voir …enfin si vous vous réveillez.
La référence au film l’auberge rouge avec Fernandel donne toute l’ambiance à ce jeu de cartes, cartes qu’il faudra bien utiliser, car elles seront « multi fonctions », et c’est bien là tout l’intérêt du jeu. Entre corrompre, éliminer, enterrer (eh oui il ne faut pas juste tuer), construire des bâtiments (eh oui il faudra bien cacher les corps) , il y a des possibilités.
Essayé juste une fois (en mode découverte), la partie a montré toutes les subtilités, vous ajoutez à cela une ambiance graphique très réussie, vous obtenez quelque chose de bien sympathique.
Le seul bémol, un peu peur d’un côté répétitif, mais je compte bien retenter l’aventure de cette auberge sanglante, en espérant m’être trompé sur la rejouabilité.

L’avis de Kristoff : gniark, gniark, gniark, jouer d’affreux assassins cupides relève de la perversion la plus condamnable. Et puis l’approche graphique choisie par Peal Games pour illustrer les cartes donne une tonalité parfaitement en phase avec le thème, l’immersion est complète.

Si la mécanique de l’Auberge sanglante est simple (on utilise les mêmes points d’action des cartes pour réaliser les opérations de corruption, d’assassinat, de construction ou d’enterrement), ce jeu demande plus de maîtrise de stratégie qu’il n’y paraît. Les habitués de ce type de combo vont ainsi être beaucoup plus rapides et à l’aise que les novices, d’où un risque évident de frustration quand il s’agira de perdre un ou deux tours pour réaliser une opération que des adversaires auraient facilement optimisé. Attention, donc, à ne pas se tromper de partenaires.

L’avis de Dncan :

La fiche du jeu chez