Spartacus : a Game of Blood & Treachery

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Jub

Maître Jub est expert en jeu de société, spécialisé dans le "plus c'est long, plus c'est compliqué, plus c'est bon".

Puisque débute la Saison 3 (qui est en fait la 4ème) de la série Spartacus, c’est le bon moment pour causer de Spartacus : a Game of Blood & Treachery.

Une belle boîte avec la mention "déconseillé aux moins de 17 ans"

Il s’agit du jeu adapté de la série, un jeu à licence, ce qui rend habituellement méfiant car on récolte souvent 2 types de produits décevants : un jeu au thème rapporté sans réel rapport avec l’œuvre de base, ou alors un jeu quelconque mais qui se vendra auprès gens attirés par la boîte chatoyante avec leurs héros préférés.
Pour le coup, avec Spartacus, on a une bonne surprise.

Pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’œuvre, Spartacus est une série qui a décidé de mélanger 3 ingrédients et de les touiller à part égale dans une grosse gamelle :
– des combats sanglants où la tripe s’égaille sous les coups de glaive.
– des intrigues et des manigances à outrance où finalement tout le monde trahit tout le monde.
– du cul en couple, à 3 et à plusieurs en tas, filmé en gros plan, en plan large ou en travelling suivant les besoins de l’intrigue.

Pour la transposition en jeu de plateau, ce sont les 2 premiers ingrédients qui ont été privilégiés (Blood & Treachery), le dernier étant simplement suggéré par quelques cartes Intrigue et les compétences des belles esclaves qui rapportent plus d’argent quand elles sont compétentes, travailleuses, bonnes à la tâche.

Mira est "exceptionnelle" et fait gagner 2 ors à son dominus. Elle doit sûrement très bien faire le ménage...

Il est vrai qu’à vouloir respecter la recette originale, l’éditeur aurait hérité d’un titre plus long et d’un produit moins familial (Spartacus : a Game of Blood & Sex & Treachery).

On se concentrera donc sur le sang et la trahison.
Dans Spartacus, chaque joueur incarne un Dominus à la tête d’une maison qui gère un ludus et vise à le rendre le plus prestigieux. Lorsqu’on a atteint 12 Influences et qu’on y reste jusqu’à la fin de la phase, on est déclaré vainqueur. Si on est plusieurs à y parvenir en même temps, le départage se fait dans l’arène.

Le matériel de jeu. Comme vous pouvez le voir, l'amphore d'huile et l'esclave ne sont pas fournies.

Chaque joueur reprend un rôle phare de la série (issu de la saison 1 et de la saison 0) : Batiatus, Solonius, Glaber et Tullius. Les personnages diffèrent légèrement pour coller au thème : Trésor, nombre de gardes, d’esclaves et de gladiateurs ne sont pas les mêmes et chacun a 2 pouvoirs spéciaux à utiliser en phase d’Intrigue.

Lucy Lawless en Lucretia. Il vous faut donc ce jeu !

Les tours de jeux s’enchaînent avec un aspect toujours présent : l’interaction entre les joueurs.

Tout d’abord, au cours de la phase d’Intrigue, chacun va utiliser ses cartes d’intrigue (3 piochées par tour) pour mettre en place des complots pour gagner de l’influence, en faire perdre, gagner ou voler de l’argent, etc… Il est donc facile de se faire des ennemis durables. Par contre, toutes ces cartes d’intrigues nécessitent un score d’Influence minimum pour pouvoir être jouées que les joueurs n’ont bien souvent pas, ce qui va les obliger à trouver des alliés pour les soutenir (un soutient ajoute temporairement son score d’influence à celui du joueur qui joue la carte). Et c’est là que le jeu trouve tout son sel car les alliances se font et se défont régulièrement. Certains monnaient contre service ou contre de l’or et les promesses n’engagent souvent que ceux qui les croient.

Quelques cartes "Intrigue".

Vient ensuite la phase de Marché qui permet aux joueurs d’échanger leurs possessions entre eux (mon esclave qui est une bonne gagneuse contre ton petit gladiateur thrace équipé d’un glaive). Il y a également une phase d’enchères où 4 cartes permettront d’améliorer le personnel et l’équipement du ludus. C’est là qu’apparaîtront Spartacus, Crixus, Ashur et Theokolès pour remplacer les gladiateurs génériques du début de partie qui font office de figurants tout comme les catcheurs sans nom qui portent juste un slip mauve et vont affronter Sheamus.
La phase de Marché s’achève par la mise aux enchères du jeton d’Hôte. Celui-ci octroie 1 point d’Influence pour honorer le Dominus qui organisera les jeux et permet à son possesseur de maîtriser la phase suivante.

Oui, oui ! Il y a Ashur !!!

La phase d’Arène, la plus attendue pour un jeu avec des gladiateurs n’est finalement pas la composante principale de Spartacus (on est plus proche de 2/3 Treachery et 1/3 Blood) et là encore, les manigances et les alliances de circonstance sont omniprésentes. Tout d’abord, c’est l’Hôte qui délivre les invitations pour présenter un gladiateur dans l’arène et il n’y a que 2 places (pour le plus souvent 4 joueurs). Il ne suffit donc pas d’avoir le meilleur gladiateur tout équipé d’un glaive, d’une armure et d’un filet. Il faut aussi qu’il puisse descendre dans l’arène et ne passe son temps sur le banc de touche. Cette étape d’invitation est donc encore une fois l’occasion de chantages, marchandages et autres joyeusetés. Un joueur qui ne veut pas ou ne peut pas répondre à l’invitation perd une Influence. Il est possible d’envoyer une frêle esclave pour éviter cette perte mais ses chances de gagner sont assez minces. La victoire dans le combat est récompensée par le gain d’une Influence.

Le système de combat est géré par des dés. Beaucoup de dés. Il est par contre assez simple et on peut aisément prédire qui l’emportera entre 2 adversaires de forces très éloignées.
Pour des adversaires équivalents, il faudra par contre s’en remettre à la faveur des dieux (des dés, quoi…).
Deux combattants s’opposent mais tous les joueurs peuvent miser sur l’issue du combat. Qui gagnera ? Dans quel état ressortira le perdant ? Blessé ? Décapité ? Et on peut alors voir des joueurs faire exprès de perdre pour éviter que leurs adversaires n’empochent le résultats de leurs paris. Si le perdant survit au combat, il devra affronter le jugement de la foule (le choix de l’Hôte en l’occurrence) qui pourra le faire tuer d’un simple geste du pouce. La justice est respectée.

Spartacus est un excellent jeu pour ceux qui s’enflamment, qui aiment user de fourberie avec le sourire, prendre le monde à témoin quand on les trahit, se lever quand ils lancent les dés et crier « Good people of Capua, I give you Crixus, Murmillo !!!!!! » plutôt que de dire « je pose ma figurine sur le plateau ».
Avoir vu la série fera forcément aimer le jeu, mais on peut très bien prendre plaisir au jeu sans, et en plus ça donnera envie de voir la série (et tout le monde gagne à la fin).

Le seul reproche qu’on peut lui adresser est la gestion de l’initiative et des déplacements lors des combats en arène car un combat peut s’éterniser si les gladiateurs passent leur temps à se courir après sans combattre… ce qui peut se révéler judicieux tactiquement mais ne correspond pas vraiment à l’esprit de l’œuvre…

Une extension est prévue pour le mois d’avril et apportera 2 nouvelles maisons issues de la saison 2 : Varinius et Seppius. Nouvelles cartes et nouvelles règles au programme ainsi que la possibilité de mettre en scène le Primus : un combat à 2 contre 2.

L'Egyptien, un sacré morceau dans la saison 2 qu'on retrouvera dans l'extension.

Disponible pour le moment uniquement en anglais, le jeu devrait sortir en français dans une grosse boîte intégrant le jeu de base et l’extension (Gratitude to House Marabunta).

Le saviez-vous ?
Le jeu inclue une carte « Jupiter’s Cock » qui est la seule carte incontrable. Honneur aux Dieux !

Spartacus : A Game of Blood & Treachery
Un jeu de Aaron Dill, John Kovaleski et Sean Sweigart
Publié par Battlefront Miniatures Ltd
Illustré par Charles Woods
Pour 3 à 4 joueurs
Pour des parties de 2 heures
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